Collectif Tournesol : « Nous espérons faire germer quelque chose en encourageant à planter et à avoir son propre potager. »

Tout a commencé à l’école d’architecture de Toulouse. Six amis. Un seul but. Celui de se libérer du monde cloisonné de l’architecture d’aujourd’hui. Une vision. Apporter plus d’humanité dans leur démarche. Ils créent le Collectif Tournesol. C’est dans cet esprit qu’est né le projet Anba Pie pour Porlwi by Nature. Si vous avez fait un tour à l’Aapravasi Ghat, vous avez sûrement dû voir des origamis illuminés contenant une variété de graines qui n’attendaient que d’être cueillies et plantées dans votre cour ou dans la rue, pour que naissent des jardins potagers dans tous les recoins de Port-Louis ! Rencontre, à leur sortie d’avion, avec ce collectif très citoyen.

Vous avez fondé en France le "Collectif Tournesol" afin de vous "libérer de la monotonie du travail d’architecte et de vous exprimer librement." Expliquez-nous votre démarche.

Nous avons tous des profils différents. On travaillait dans diverses agences, mais on avait une chose en commun : celle de vouloir voir plus loin. C’est ainsi qu’est né le Collectif Tournesol il y a presque trois ans. Nous avons une vision plus globale de l’architecture, sûrement dû au fait que nous avons tous vécu un moment à l’étranger, ce qui nous a permis de nous ouvrir sur le monde. Nous avons appris à proposer des projets qui répondent et s’adaptent aux réels besoins de l’endroit. Nous ne voulons en aucun cas nous limiter à ce que nous avons appris dans les écoles !

Les membres du collectif sont éparpillés aux quatre coins du monde. Est-ce toujours facile d’entreprendre vos projets ainsi ?

Nous faisons en sorte d’en faire une force. Chacun apporte à sa manière. Arnaud s’y connaît mieux en graphisme, Matthieu (le seul mauricien du collectif) nous apporte sa connaissance des spécificités mauriciennes. Chacun a contribué à l’évolution du projet Anba Pie pour Porlwi. C’est ce que nous aimons avec ce collectif, il forme un réseau. Et c’est avec ce réseau d’amis, de connaissances, de spécialistes que nous rencontrons au fil des voyages, que nous mettons en avant notre capacité d’accomplir des choses positives.

Parlez-nous de vos précédents projets.

Nous avons participé à plusieurs concours d’appel à idées. Par exemple, à Montréal, durant le grand festival Nuit Blanche inspiré de Nuit Blanche Paris. Là-bas, nous avions mis à disposition des pancartes que les gens prenaient gratuitement pour aller manifester dans les rues. Ainsi, ils se rassemblaient afin de créer un rêve commun. Nous nous sommes inspirés de l’histoire des manifestations étudiantes à Montréal et avons voulu en faire des manifestations heureuses. Dans un tout autre projet, nous nous sommes intéressés aux "gens du voyage". Pourquoi sont-ils marginalisés et sédentaires ? Nous avons mené l’enquête. Au final est né une initiative invitant les gens du voyage, des collectifs d’artistes et des citoyens, à travailler ensemble. Nous voulions leur donner l’opportunité d’obtenir des partenariats avec des artistes et des associations. L’intention était de favoriser le vivre-ensemble.

D’où vous est venue l’idée d’Anba Pie ?

Pour Porlwi by Nature, nous savions que la problématique était de reconnecter l’homme, la nature et la ville. En étudiant l’appel d’offre, nous avons aperçu une petite phrase disant "Il y a deux siècles, à la fondation de Port-Louis, une loi exigeait que chaque ménage plante un arbre fruitier dans la cour intérieure ou le jardin. Ce sont ces arbres centenaires que l’on aperçoit aujourd’hui, perchés sur un toit." Cela nous a frappé. En arrivant ici on a tout de suite remarqué ces arbres centenaires un peu partout, comme dans le jardin de la compagnie. C’est auprès de ces arbres majestueux que beaucoup viennent déjeuner, chercher le repos, ainsi que se protéger du soleil brûlant de Port-Louis. C’est de là qu’a germé le concept de l’arbre à fruit. Nous nous sommes ensuite demandé comment représenter cela avec un petit budget tout en encourageant une démarche interactive et éducative. L’idée des origamis est apparue. Nous voulions que le contenant soit le contenu, autrement dit, que le papier recyclé, représentant le fruit, contienne la graine, les informations sur la méthode de planter et enfin, une recette pour chaque plante ! Il y avait en tout quatre types d’origamis qui correspondaient à quatre types de graines : haricots vert, aubergine, pomme d’amour et piment. L’arbre contenait 1 000 origamis par soir. L’idée était que l’on cueille ces origamis et qu’on aille planter les graines chez nous et même dans Port-Louis, encourageant ainsi la création de jardins partagés et l’agriculture urbaine !

Expliquez-nous le jeu de lumières mis en place.

Oui, un système lumineux était accroché au-dessus des fruits. Dès qu’on les cueillait, le système scintillait. L’idée était de représenter la régénération du fruit. Ici, le scintillement signifie qu’un autre fruit est entrain de pousser. C’est la symbolique du cycle de la nature. Elle meurt et renaît. C’est un cycle infini.

Vous avez investi le site de l’Aapravasi Ghat, un lieu très symbolique de l’histoire mauricienne.

En effet, c’est un honneur ! Nous étions attirés par ce site chargé d’histoire et qui, à notre avis, reste peu exploité par les Mauriciens. Notre coup de cœur est cet arbre au cœur du site. Un arbre majestueux. On nous avait envoyé les photos pour la sélection des arbres, et dès que nous l’avons vu, nous l’avons trouvé magnifique et parfaitement adapté au projet. Nous l’imaginions déjà avec les origamis suspendus. Il y avait même suffisamment de place pour circuler autour. Ce site met en valeur notre projet et notre projet en fait de même pour ce site.

Comment pensez-vous que votre création Anba Pie a pu aider à sensibiliser les Port-Louisiens et ceux venus d’ailleurs envers la préservation de la nature ? Quel message souhaitez-vous de faire passer ?

Avec le Collectif Tournesol nous souhaitons rétablir l’union brisée entre l’architecture et l’humain en faisant des projets interactifs, où beaucoup participent et se réunissent. Nous espérons faire germer quelque chose en encourageant à planter et à avoir son propre potager. Anba Pie est un moyen pour nous de communiquer autour du festival, sensibiliser les gens sur du long terme et non pas uniquement durant le festival. Nous espérons aussi parler aux enfants, à la génération à venir, afin qu’ils comprennent l’importance de la nature. À ce sujet, nous avions des milliers d’origamis à plier : nous sommes allés dans quelques écoles, notamment L'École du Centre, Paul et Virginie et Nicolay Government School, afin de leur apprendre à les fabriquer... Ils nous ont énormément aider ! Nous leur avons bien sûr expliquer la démarche afin qu’ils soient conscients de leur geste et de leur participation au projet. Nous avons également récolté des jardinières pour Porlwi Kids. Durant la journée, il y a eu des "workshops" dans lesquels nous avons appris aux enfants à planter ces graines. Ce n’est pas tout ! À la fin du festival, on a redistribué les jardinières aux écoles et aux gens du quartier pour s’en occuper. En revenant à Port-Louis dans le futur nous espérons voir un Port-Louis plus vert !

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