Vanina Harel et Zara Currimjee : « Toutes nos actions ont un impact sur l’environnement ! »

En mai 2016, leurs noms étaient de toutes les conversations à l’île Maurice. Vanina Harel et Zara Currimjee, deux jeunes mauriciennes installées aux États-Unis, dévoilaient alors un documentaire de 22 minutes : Vey Nou Lagon. Comme l’écrivait le site de La Isla Social Club à l’époque de sa projection en plein air aux quatre coins de l’île : « Le film-documentaire Vey Nou Lagon a réussi l’exploit de rassembler politiques, grands patrons et grand public autour d’un sujet brûlant dont tout le monde semblait se moquer il y a peu : la disparition des lagons mauriciens, trésors de l’île Maurice. » (Lire l’article : Les anges gardien de nos lagons mauriciens)

Plus d’un an après la sortie du film, nous sommes allés retrouver Vanina et Zara sur la belle et grande plage publique de Mont Choisy. Vanina travaille dorénavant pour National Geographic à Washington. Zara poursuit une maîtrise en gestion des ressources océaniques et côtières sur la côte ouest des États-Unis. De passage pour des vacances à Maurice, les deux amies se confient au Porlwi Blog, assises sur le sable, avant leur participation au festival Porlwi by Nature*.

Avec le recul, quel a été l’impact de votre documentaire "Vey Nou Lagon" ?

Le film a contribué au succès de la fermeture de la pêche à l’ourite à Maurice. Chaque année, durant deux mois, sa pêche est désormais interdite afin de permettre aux ourites femelles de pondre et de se développer. (NDLR : Une mesure qui existe déjà depuis 6 ans à Rodrigues — île souvent citée comme modèle écologique — avec 2 fermetures annuelles.) Au-delà, le but du film était de créer un débat sur l’état déclinant de nos lagons. On voulait que les gens réagissent, et les réactions ont été nombreuses, notamment lors des projections gratuites organisées en plein air. Certains pêcheurs se sont sentis visés par le film. D’autres ont réagi très positivement, comme ces deux filles qui après le visionnage du film ont eu l’idée d’organiser un ramassage de déchets à Bras-d’Eau. Plus de 200 personnes se sont portées volontaires et 3,2 tonnes de déchets ont été récupérés.

Le gouvernement avait promis à l’époque de rajouter le film au programme des écoles. Qu’en est-il ?

Vey Nou Lagon a été diffusé dans toutes les écoles privées de l’île et quelques ZEP (NDLR : Zone d’Éducation Prioritaire. Des écoles publiques situées dans des zones défavorisées), mais peu d’écoles publiques pour l’instant. Le film a été envoyé à quelques ambassades mauriciennes à travers le monde, notamment à Kuala Lumpur, en Afrique du Sud, et à New Delhi, et certaines ont organisé des projections publiques.

Outre les ambassades, "Vey Nou Lagon" a-t-il bénéficié d’un rayonnement international ?

Nous avons été sélectionnées dans des festivals du monde entier, spécialisés dans les films liés à l’environnement, comme le International Ocean Film Festival à San Francisco ou le BLUE Ocean Film Festival en Floride. Les réactions ont été très positives. Nous sommes allés récemment à Malte montrer le film durant le Our Ocean 2017. Le film voyage aussi dans certaines conférences internationales pour sensibiliser au respect des lagons.

Alors, comment se portent les lagons mauriciens aujourd’hui ?

Pas très bien. Il n’y a aucune étude complète et officielle donc le constat est difficile. Une étude japonaise avait conclu que 70% de nos coraux seraient morts. En 2009, le cyclone El Niño, créant un réchauffement de l’eau au-delà de 29 degrés, aurait tué près de 50% des coraux restants. Les causes de l’état actuel de nos lagons sont mondiales et locales.

Justement, localement, quelles sont les causes de la dégradation de nos lagons ?

Marcher sur les coraux, l’excès de bateaux à moteur pour le tourisme, jeter l’ancre, les casiers, la surpêche… autant d’éléments qui dégradent et créent un déséquilibre dans la chaîne alimentaire marine. Mais les raisons sont aussi sur terre, avec tous ces pesticides utilisés par l’agriculture qui finissent avec la pluie par se déverser dans la mer. Ou encore ces travaux sur la côte qui modifient sensiblement l’écosystème. Heureusement la pêche à la dynamite ne se fait plus et les sacs plastiques sont désormais interdits (NDLR : depuis le 1er janvier 2016 à Maurice), mais il faudrait aller plus loin et interdire les polystyrènes pour les take-away comme à Rodrigues ou aux Seychelles. Car n’oublions pas qu’un plastique ne se dégrade pas et chamboule la vie aquatique.

Vous êtes au programme de Porlwi by Nature*. Qu’espérez-vous du festival ?

Grâce à Porlwi by Nature, plein de personnes vont pouvoir voir notre film, c’est une bonne chose ! A Port-Louis, ce qui nous choque c’est de voir tous ces déchets en mer le long du port. On espère que tous les gens qui verront notre film se diront qu’ils peuvent éviter ça. Toutes nos actions ont un impact sur l’environnement. C’est notre responsabilité, pas celle du voisin !

Un souhait pour Port-Louis ?

Le recyclage serait un grand pas, avec la mise en place de poubelles de tri un peu partout dans les rues. C’est une question de moyens certes, mais aussi d’éducation. Quand on revient à Maurice, on est choqué par ces gens qui jettent des plastiques par la fenêtre de leur voiture ou dans la rue. Aux États-Unis, le recyclage est partout. Les gens sont très engagés à respecter l’environnement. À Maurice, le chemin semble encore long !

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