Zoë Rozar : « Aujourd’hui, nous sommes habitués aux déserts de béton »

Transmettre sa passion. Aller vers les autres. Zoë Rozar est un personnage, une passionnée du terrain. La spécialiste "nature" du festival, consultante et formatrice en ingénierie sociale, systèmes intégrés et permaculture, a fondé l’Institut Bon Pasteur à Rose Hill. Son credo : le bien-être. Son mal-être : l’école. Directe et habitée par un lien profond avec l’environnement, Zoë Rozar, membre du comité artistique du festival, a répondu aux questions du Porlwi Blog. Sans pincettes bien sûr.

Zoë Rozar, vous travaillez sur le bien-être. Expliquez-nous.

Tout a commencé par ma haine pour l’école. Je ne pensais qu’à une chose : comment faire pour apporter du bien dans ce monde ? Après mon bac, je me suis spécialisée dans la création de systèmes éducatifs et de structures sociales. Pour faire évoluer la société, il faut passer par les systèmes d'éducation. C’est le moteur de tout. Je développe des méthodes de transmission qui permettent à l'individu de définir sa propre vision du bien-être, et des outils pour aider à construire des communautés. Comme la permaculture. Ce n’est pas que de l’agriculture ! C’est une approche systémique et une méthode inspirée de l’écologie, qui peut s’appliquer à tout. J’ai aujourd’hui un pied entre l’éducation et la santé. Donner du courage aux personnes qui en manquent, c’est un de mes objectifs pour les aider à croire en leurs capacités. Pourquoi attendre la permission ? Il suffit seulement d’avoir envie de mieux faire.

Vous êtes partie vivre à Manchester ?

Depuis l’âge de 12 ans, je me voyais vivre à Manchester. Je ne sais pas pourquoi ! Mon dégoût pour le système scolaire m’a poussé à partir vite, vers d’autres horizons. A Manchester, j’ai fait mes dents. Puis, j’ai bourlingué un peu partout, en Australie, en Afrique du Nord, dans des fermes urbaines, dans des milieux anarchistes... Il fallait tout voir, pour comprendre et tenter ensuite de créer une harmonie avec les autres. Et je ne compte pas m’arrêter là !

Qu’avez-vous accompli depuis votre retour à Maurice ?

J’accompagne des projets sociaux comme Island Bio avec Oliver Fanfan et ses fameux jardins communautaires (lire notre itw), ou encore, depuis 2013, Belle Verte, un projet de tri et de redirection de déchets. J’ai aussi collaboré avec des festivals comme The Bridge (2015). C’était ma première grosse action à Maurice en tant que responsable écologie. Je travaille toujours avec un réseau de professionnels qui ont une passion et un vœu de transmission. Ce réseau c’est Nomad Co Op. Mon rôle est de travailler sur le développement de programme pour tout âge et de faciliter cette transmission. Tout cela a été possible grâce aux personnes avec qui je collabore, dont les plus présents, Natalie Jeremijenko, Maja Zidov, Martine Lassemillante et tous ceux qui ont laissé une empreinte conséquente dans ma vie et que je n’oublie pas. Ils se reconnaîtront.

Vous avez fondé l’Institut Bon Pasteur à Rose Hill.

En effet, c’est un centre de recherche et développement, de la conception à l’implémentation, pour le bien-être. Le nom provient de la clinique Bon Pasteur avec qui j’ai tissé des liens. Mon travail dans le bien-être est aussi très lié avec la médecine. A l’Institut Bon Pasteur, on pratique deux activités : la médecine géographique, qui étudie la nature, et la pédagogie.. Nous allons vers les autres à leur demande. Il n’y a pas de classe à l’Institut Bon Pasteur, on se déplace chez les gens. Selon moi, tout est dans l’action, sur le terrain, pas dans des classes. J’aimerais faire un petit clin d'œil à Thérèse Tadebois, une grande dame, qui a laissé une trace de bienfaisance dans tout ce qu'elle a entrepris et qui m'encourage encore dans mes moments de doute.

Cette année, vous êtes très impliquée dans le festival Porlwi by Nature. Quel est votre rôle ?

Astrid Dalais (co-fondatrice du festival) m’a proposée de l’aider et de participer à la réflexion autour du thème de cette année. Je collabore depuis mai avec Porlwi en tant que membre du comité artistique. Je suis en quelque sorte la spécialiste "nature" du festival ! J’ai mis mon grain de sel un peu partout. J’ai rarement travaillé avec autant de personnes passionnées et à l’écoute. Ils ont intégré toutes mes recommandations dans leurs démarches.

Le thème "nature" de cette année semble représenter une belle opportunité pour faire évoluer les mentalités ?

Bien sûr ! Plus jeune, quand j’avais plus de préjugés, je pensais que ce type d’événement, c’était surtout de l’argent gaspillé. J’ai totalement changé d’avis. Les festivals sont, à mon sens, l’occasion idéale pour propager de bonnes idées. Porlwi, cette année, a un message fort à faire passer aux citoyens, pour qu’ils respectent davantage leur environnement. Les détracteurs diront qu’un événement de l’envergure de Porlwi consomme beaucoup d’énergie. Ce n’est pas la faute des organisateurs qui font le maximum pour limiter la trace du festival. Pour être 100% écologique il faudrait d’avantages de coordinations, de facilités et d’infrastructures sur l’île. Ce n’est pas l’envie ni la demande qui manquent !

Le mode de vie à Port-Louis semble largement améliorable.

D’un point de vue médical c’est certain. L’air est pollué. Il y a beaucoup de problèmes, comme les inondations et les embouteillages. Cela génère du stress. L’idée de Porlwi by Nature est de montrer ce que serait une ville verte, donc plus agréable à vivre. Durant le festival nous allons utiliser près de 3 500 plantes pour reverdir la capitale. Je remercie d'ailleurs Endemika, Ebony Forest, la pépinière de Beachcomber et surtout le Ministère de l’Agro-Industry et Food Security, pour tout leur soutien, en particulier sur l'attention portée à la maintenance des plantes. Toutes les plantes utilisées seront relocalisées ensuite dans d’autres projets et initiatives de conservation et de reforestation, ou retourneront dans leurs pépinières. Nous invitons d’ailleurs les festivaliers à ne pas toucher les plantes, à les respecter. Elles nous apportent tout ce dont nous avons besoin pour vivre, et en premier lieu, l'oxygène ! Aujourd’hui, nous sommes habitués aux déserts de béton. L’absence de nature, donc d’un environnement sain, va au détriment de la santé publique. On a tendance à oublier les conséquences néfastes d’un tel mode de vie. Les plus âgés, qui ont connu des villes remplies de végétation, sont forcément nostalgiques et tristes pour nous. On était de meilleurs voisins quand on se partageait des fruits et des légumes du jardin.

Qu’attendez-vous de Porlwi by Nature ?

Nous espérons que le citoyen participera avec engouement et curiosité au festival. Chacun doit mettre une pression pour faire évoluer les choses dans le bon sens. Porlwi est là pour encourager les échanges, faciliter les conversations, les débats. Nous avons un objectif commun : protéger la nature pour préserver cette biodiversité et la rendre plus solide. Respecter la nature, c’est se respecter soi-même !

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