Alain Gernigon, l’homme qui envoie en l’air les plantes

Dans son jardin, dans son salon, à l’intérieur comme à l’extérieur, des arbres suspendus par dizaine envahissent l’espace. Certaines racines débordent parfois de près de dix mètres ! Alain Gernigon, nantais installé depuis dix ans à St Pierre (La Réunion), aime visiblement les arbres et… les racines : « Mon travail, ma passion, c’est sur les racines. Avec ces plantes suspendues j’ai trouvé un médium qui me parle, et me parle de mes racines. » Philosophique. Pour Porlwi by Nature, Alain Gernigon, plasticien de la nature, expose "The Canopy Project" ; 20 plantes suspendues par des fils dans les airs, à l’entrée du Grenier. « Une sorte d’île suspendue que les gens pourront traverser. »

Des baobabs, des manguiers, des bois de chandelle, des Monstera Deliciosa... Cette installation végétale d’envergure, il la peaufine avec amour depuis le 3 novembre, date de son arrivée sur l’île. L’artiste est en résidence dans un vaste atelier (photo) prêté par Terra, à quelques pas de L’Aventure du Sucre. Cette habituelle salle de danse est devenue son havre de paix temporaire, le temps de son séjour. « J’ai commencé très tôt, dès mon arrivée, à suspendre les plantes et les arbres, pour leur laisser le temps de s’acclimater, de s’adapter. C’est très fragile. Par terre, ce n’est pas pareil », nous raconte-t-il.

Son travail est minutieux. Après avoir sélectionné les espèces « selon leur volume » dans une pépinière à Phoenix, il les met à nu, pour mieux protéger leurs racines. Son secret : la sphaigne, une mousse qui fonctionne telle une éponge et garde ainsi l’humidité. Les racines sont enveloppées, en cocon, dans cette mousse. Un système de goutte à goutte automatisé permet d’hydrater la plante en douceur et de manière constante. Et cela toujours au même endroit afin de ne pas dégrader la mousse. Délicat.

« Un jour, ma femme m’a montré un Kokedama, une petite boule végétale connue au Japon pour accompagner symboliquement la croissance du bonzaï. Le déclic ! J’ai suspendu des boules partout dans ma maison à St Pierre, et j’ai commencé à expérimenter l’idée avec des plantes plus grandes, puis des arbres ! J’avais besoin de tout mettre en l’air ! » Cela fait huit ans qu’Alain Gernigon envoie en l’air les plantes. Son projet, "Les terres en l’air", est très visible à La Réunion : au Théâtre de Champ Fleuri, à la Distillerie Jean Chatel, dans de nombreux restaurants et bureaux de St Denis. Car suspendues, si elles sont bien entretenues et arrosées, ces plantes peuvent vivre aussi longtemps que dans un pot.

Alain Gernigon découvrira pour la première fois le festival cette année. Porlwi, il en avait entendu parler par Nicolas Schaub, l’auteur de Confidences d’un confiseur libre projeté l’année dernière lors de Porlwi by Light 2016, dont le thème était "People". C’est avec son aide qu’Alain a envoyé sa candidature à l’appel à participation du festival. Une première participation qu’il espère belle : « J’ai envie que les gens regardent la nature différemment, qu’ils prennent le temps de s’en imprégner en regardant ces arbres suspendus. C’est une invitation à la méditation. J’espère que les gens vont se laisser porter, réfléchir ». Dans une ville qu’il connaît peu, Alain Gernigon découvre le cadre exceptionnel du Grenier. La tête en l’air, il reste admiratif devant un mur en particulier, celui de l’Hôpital Militaire faisant face au Grenier, où des arbres ont traversé le béton. « Le végétal, les gens n’y prêtent pas attention en général. Ici, ils se sont battus pour trouver leur chemin. Ils ont du mérite ! »

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