Bienvenue dans l’antre du Grenier !

Immense bâtisse de briques rouges qui domine la partie industrielle du port, le Grenier est un monstre. Un monument hors norme de ce coin oublié, mais si emblématique de l’histoire de Port-Louis. Blotti entre la mer et la ville, entre l’Aapravasi Ghat, l’Hôpital Militaire et le Moulin, ce Grenier aux dimensions gigantesques est l’emblème des nouveaux bâtisseurs de la capitale, qui se prennent à rêver d’élever ce quartier de l’ombre en emblème patrimonial de Port-Louis. Ce sont sur ses marches extérieures que nous rencontrons Charlie d'Hotman. La fondatrice de la galerie Imaaya est commissaire de l’exposition "MCB | Granary Walk-Through" organisée dans le cadre de Porlwi by Nature. Porlwi remet ça. Le Grenier, ancien entrepôt, actuel parking, sera demain un espace artistique exceptionnel.

« J’ai voulu retranscrire l’expérience d’une promenade. On traverse les œuvres, on ne s’arrête pas forcément, comme lors d’une exposition. Par rapport à l’année dernière et Porlwi by Light 2016, dont le thème était "People", les installations seront dans l’ensemble plus grandes, et il y aura deux œuvres situées à l’extérieur du Grenier », nous raconte Charlie d'Hotman à quelques jours du début des festivités. Ces deux installations extérieures sont votre porte d’entrée vers le Grenier. Des cordages bleus tombent du ciel et coulent tout le long de ce mur où la nature a pris le dessus sur la pierre, juste en face du Grenier. Une œuvre signée Florence Drachsler. Une pirogue, ensuite, flotte sur le bitume, hommage de Nirveda Alleck aux migrants arrivés par centaine de milliers sur le port. Ce sont les deux premières œuvres visibles, avant de se faire avaler par le Grenier et ses créations.

Peintures, sculptures, installations, arbres… les supports foisonnent, les artistes ont été particulièrement inspirés par cet espace XXL, unique en son genre à Maurice. Le processus avec les artistes a été efficace : « Une première sélection a été faite, avec le festival, via l’appel à participation. J’étais dans le jury. J’ai proposé quelques critères de sélection : que les œuvres aient un lien avec l’île Maurice, avec la faune et la flore mauricienne ; qu’elles soient reliées à Port-Louis, et enfin adaptées et pensées par rapport au Grenier. J’ai beaucoup échangé avec les artistes. »

Au final, quatorze artistes ont été retenus pour habiller le Grenier. Vous retrouverez notamment la mauricienne Alix Le Juge : « Alix a marché dans Port-Louis à la recherche de tous les espaces verts, pour former un inventaire sur plan. Son travail dans le Grenier représente dix de ces espaces, peints de manière très figurative. On se projette dans le lieu. Il y aura une carte, pour inciter les gens à aller se rendre sur place dans la ville, à la recherche de ces espaces verts. C’est une manière, via l’art, de regarder Port-Louis différemment » se passionne Charlie. Son parcours vert est aussi à découvrir ici sur Google Maps.

On note aussi la présence au casting du peintre-architecte Salim Currimjee, qui « a créé 35 m2 d’œuvres d’art », soit le nombre de m2 d’espace vert recommandé par habitant. Il y aura aussi les drôles de sculptures très Pop Art d’Evan Sohun, les huit humains aux têtes de plantes de Krishna Luchoomun, les nénuphars numériques d’Elizabeth de Marcy Chelin avec la collaboration du parisien Thomas Roda du collectif AC3 (auteurs, lors des éditions précédentes, des illuminations du théâtre de Port-Louis et des installations au Terminal IBL), la robe fleurie de Neermala Luckeenarain, les plantes suspendues du réunionnais Alain Gernigon, la peinture avant-gardiste de Simon Back, les bijoux fleuris de Shirin Gunny, et, en fin de parcours, la grande maison "31", conçue en palettes par Emizibo (Emilien Jubeau), qui accueille un Concept Store rassemblant une vingtaine d’exposants, entre artistes et artisanat, My Pop-Up Store.

Depuis plusieurs semaines, Charlie multiplie les allers-retours et les visites : « Je vais souvent au Grenier pour apprendre à le connaître. Je vois les artistes régulièrement dans leur atelier. Ils sont très libres, je ne rentre pas dans le processus créatif, mais je les accompagne dans leur création. Ils me surprennent ! Ils mettent l’emphase sur ce qui existe, la réalité. Ils montrent le beau et ne l’amplifient pas. On manque peut-être un peu d’engagement à Maurice, mais ce n’est pas naïf. Nous sommes une île qui aime la nature, même si on ne la respecte pas forcément toujours. »

Pour sa première collaboration avec le festival, Charlie d'Hotman espère « amener les gens à découvrir le lieu sous un autre angle, et à réfléchir ».  Cette passionnée d’art a lancé sa galerie, Imaaya, il y a huit ans. Toute seule. Une exposition particulièrement originale, intitulée "13" (un projet de Laetitia Lor), aura notamment participé à sa renommée. Le concept avait été lancé pour l’inauguration de la nouvelle galerie Imaaya à Phoenix il y a deux ans : un seul format, un prix fixe, une dizaine d’artistes mauriciens exposés, et tous les profits reversés à l’ONG Safire pour les enfants des rues de l'île Maurice (un concept que reprendra, le 13 décembre prochain, la plateforme The Third Dot, à Port-Louis, avec "13 - 2e édition", 52 artistes et 360 œuvres). Pour la galerie Imaaya, Charlie d'Hotman vous donne rendez-vous dans ses locaux, le 7 décembre à Phoenix, avec l’artiste-peintre Stina Becherel et « son monde fantastique ». Tout un programme !

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