Daniel Laurent : « Port-Louis sera transformé dans les cinq ans »

« C’est l’un des enfants des faubourgs de Port-Louis », nous confie Jay Mulloo, secrétaire général de la mairie de Port-Louis depuis 17 ans. Ce Port-Louisien de naissance, habitant de la Cité Briqueterie, c’est Daniel Laurent, lord-maire de la capitale mauricienne depuis le 27 juin suite au mandat d’Oumar Khooleegan. Jeune et souriant, Daniel Laurent est un pur produit de Port-Louis, une ville qu’il aime et qu’il connaît sur le bout des doigts. Le nouveau lord-maire nous reçoit dans le majestueux salon de la mairie, à quelques encablures d’un théâtre de Port-Louis au cœur de toutes les attentions. L’occasion est belle de faire un point sur la multitude de chantiers à venir. De quoi mettre des mots précis sur des rêves encore un peu flous. Entretien.

Daniel Laurent, que pensez-vous de l’impact du festival Porlwi ?

Ce festival est une belle réussite. Nous sommes très contents car l’affluence est grande et les retombées positives. Des centaines de milliers de personnes visitent la ville, et parfois la découvrent sous un autre angle. Cela valorise la capitale. C’est réjouissant et stimulant de voir cette ville vibrer la nuit durant le festival. A Port-Louis, malheureusement, il n’y a pas de nightlife. Nous allons tout faire pour y remédier.

Quelle est l’implication de la mairie de Port-Louis dans ce festival ?

La mairie de Port-Louis est très impliquée dans le bon déroulement du festival Porlwi. Comme chaque année, nous offrons pour cette troisième édition, tout le soutien logistique possible. La mairie met à disposition les rues de la ville. Les employés de la mairie s’occupent du nettoyage de la voirie, de l’électricité, du déplacement de véhicules. C’est un soutien matériel et humain important qu’il ne faut pas sous-estimer. Nous mettons à disposition toutes nos ressources.

Cette année le festival a pour thème la Nature. Une nature qui semble ne plus avoir sa place au cœur de Port-Louis. Aujourd’hui, quel constat faites-vous ?

Ce constat est un mythe. Nous avons 107 sites d’espaces verts dans la capitale. Le Jardin de la Compagnie s’étend sur deux ou trois arpents, ce qui est assez exceptionnel en plein cœur d’une capitale. Il y aussi des espaces verts très importants comme au jardin des Salines sur le bord de mer, au Champ de Mars, à Plaine Verte ou encore à Marie Reine de la Paix. Ceux qui prétendent que la nature n’est pas présente à Port-Louis se trompent. Port-Louis s’est développé de cette manière, les espaces verts n’ont pas été supprimés. Cependant, il faut agir pour valoriser davantage la nature. Le festival est l’occasion de sensibiliser la population aux enjeux écologiques de demain et de valoriser les espaces verts de la capitale. A la mairie, nous faisons tout pour les préserver. Par exemple, la mairie de Port-Louis est le seul bâtiment du centre-ville à avoir en son cœur un grand jardin. Dans le secteur privé c’est encore assez rare.

La tendance internationale est aux villes “green”, avec des rues piétonnes, des espaces verts, moins de voitures… Demain Port-Louis sera-t-il plus vert ?

Oui, sans aucun doute. Il y a un grand projet de parking au Champs de Mars qui aura des conséquences très positives pour la capitale. Le chantier s’achèvera dans les huit mois. Cela va aider à faire respirer le centre-ville. Nous allons libérer plusieurs rues centrales de la capitale, en interdisant la circulation ou le stationnement. Les livraisons se feront le soir. Les premières rues piétonnes verront le jour vers fin 2018, peut-être avant. Les piétons auront plus de place, avec des bancs publics, des lampadaires et plus d’espaces pour planter des arbres. Tout cela permettra d’attirer les jeunes, mais aussi les touristes, qui resteront dans la capitale plus longtemps.

D’autres projets d’aménagements urbains sont-ils à venir ?

De nombreux projets sont en phase de réflexion, liés aux projets de régénération urbaine et de Smart City. L’un des plus importants est celui des deux gares (Victoria et du Nord) qui, dans le cadre du futur Métro Léger, seront réaménagées en grands espaces piétons pour relier la ville au port. Il y aura des navettes pour accéder au centre-ville, de quoi diminuer la circulation et la pollution. En parallèle, nous menons une réflexion profonde pour améliorer la circulation au niveau de la Place d’Armes. L’idée est de supprimer le feu, et de réorienter les voitures sur un autre axe pour désenclaver le cœur. Un appel d’offres sera très prochainement lancé.

Parlons patrimoine. Le Théâtre de Port-Louis est-il vraiment en voie de réouverture ?

Tout à fait, et les choses avancent vite. Comme vous le savez, la première phase du chantier concerne la toiture du théâtre. L’eau s’infiltre dans les murs et l’urgence était d’y remédier au plus vite. Les travaux vont commencer très prochainement et s’étendront sur 14 à 16 mois. En parallèle, nous lancerons en 2018 l’appel d’offres pour la seconde et dernière phase de travaux : la rénovation de l’intérieur. Le théâtre de Port-Louis devrait rouvrir en 2019 ou 2020. Avec ce théâtre, la mairie souhaite soutenir les artistes mauriciens et la culture. Dans cette optique de valorisation, nous cherchons un professionnel du monde du spectacle qui puisse prendre en charge la partie artistique. Car, oui, le théâtre sera bien utilisé comme un véritable théâtre.

Le patrimoine de la capitale va-t-il être valorisé et réhabilité dans les prochaines années ?

La réhabilitation du patrimoine est importante. Nous le faisons sur le théâtre de Port-Louis, et nous essayons autant que possible de le faire sur les autres bâtiments publics. Il y a d’autres bâtiments qui nécessitent des aménagements mais cela tombe sur le secteur privé, et n’est donc pas de notre ressort. En France, le gouvernement a un budget élevé dédié au patrimoine. Ici, c’est le National Heritage Fund qui assure la préservation du patrimoine mauricien. Il y a des besoins de financement importants.

Au niveau international, on parle souvent de Barcelone comme exemple d’ouverture sur la mer, d’urbanisme et de mode de vie. Une ville qui s’est métamorphosée depuis les années 90 avec une politique de grands travaux. Le mode de vie à Port-Louis peut-il radicalement changer ou est-ce une utopie ?

La ville de Port-Louis va changer, il n’y a rien d’utopique, même s’il y a certaines limites. En tant que Port-Louisien je garde un rêve : que Port-Louis prenne le chemin d’autres grandes capitales, que l’on puisse se promener tranquillement le soir, avec des rues piétonnes animées et des restaurants. On ne va pas hésiter à aller dans cette direction. En tant que lord-maire je vais tout mettre en œuvre pour créer des activités et permettre à Port-Louis de vivre le soir. Port-Louis avance dans la bonne direction !

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